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HDTV : une histoire de divergences

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mercredi 13 avril 2005

HDTV : une histoire de divergences [1]

Du point de vue de l’historien, la TVHD apparaît d’abord comme une notion relative, chacune des périodes dans l’histoire de la télévision ayant proposée de nouvelles améliorations technologiques pour des images de meilleure qualité. La question de la haute définition est aujourd’hui indissociable de la télévision numérique. Tel n’a cependant pas toujours été le cas.

acte 1 : La préhistoire

Lorsque l’écossais John Logie Baird réalise ses premiers essais de télévision en 1923, il se fonde sur une image analysée selon 30 lignes et rafraîchie 12 fois par seconde. C’est ce système qui sera utilisé pour la première émission en direct en 1926 et, quatre ans plus tard, par la BBC pour son service de télévision.

Les premiers essais comparatifs en matière de haute définition remontent à la fin 1936, lorsque la BBC met en concurrence les versions améliorées du système de Baird avec une proposition d’EMI. C’est cette dernière et son système à 405 lignes qui seront finalement choisis en 1937. Peu après les américains s’orienteront en 1940 vers un système à 525 lignes. Bien entendu, il n’y a qu’une chaîne et en noir et blanc. Après la guerre, cette ’haute définition’ est devenue la télévision standard.

Cette première époque de la télévision connaîtra un saut qualitatif important avec la proposition française en 1948 d’un système à 819 lignes (utilisé jusqu’au début des années quatre-vingt pour la première chaîne). En 1952, une conférence à Stockholm retiendra toutefois pour l’Europe le principe des 625 lignes pour la télévision standard. Ce système ne sera appliqué en France qu’en 1964 avec le démarrage en exploitation de la deuxième chaîne qui passera à la couleur trois ans plus tard. Du point de vue des progrès techniques, les choses resteront en l’état jusqu’à la fin des années soixante-dix.

acte 2 : Manoeuvres et contre-manoeuvres à Dubrovnik

Pourtant dans les laboratoires japonais entre 1970 et 1980, on s’active sur un nouveau concept de télévision haute définition, issu pour l’essentiel d’expérimentations psychovisuelles mettant en évidence l’intérêt du format 5/3 et dont la première présentation au SMPTE date de 1981. Le format de l’image TV s’engageait ainsi dans une évolution parallèle à l’image cinématographique.

Le système MUSE développé par la NHK comportait 1125 lignes (1035 actives), format 5/3, avec 60 trames/seconde. Comportant 1920 pixels par ligne, il n’était compatible ni avec les systèmes 525 ni 625 lignes. Donnant lieu à une intense activité de production puis de diffusion durant de nombreuses années, le format MUSE a connu un début de déploiement significatif, avec une base installée de plusieurs dizaines de milliers de décodeurs. Ce format suscita un intérêt grandissant aux États-Unis, notamment de la part de l’ATSC (Advanced Television Systems Committee) qui se prononcera en faveur de MUSE en Mars 1985.

A l’inverse, on envisage d’abord en Europe une étape intermédiaire de télévision standard avant le passage au numérique. Il s’agit de tirer parti des innovations introduites en matière de production en composantes en proposant une nouvelle norme, le D2-MAC, mais les choses traînent en longueur (voir encadré).

Le D2-MAC : une norme de transition mort-née

Le D2-MAC est issu d’une réflexion menée par les techniciens britanniques de l’IBA (Indépendant Broadcasting Authority) qui, dès 1981, imaginent de moderniser la diffusion télévisuelle en la faisant bénéficier des progrès de la vidéo. L’avantage du système MAC (multiplex analogique en composantes), réside dans la séparation des informations de couleur de celles de luminance. Il s’agit d’un multiplex temporel (et non plus fréquentiel comme dans le PAL ou le Secam) mais ces signaux demeurent analogiques. Ce concept MAC donnera naissance à toute une famille de solutions dont le D2-MAC français, conçu en 1983, fut le plus abouti. Tous les systèmes MAC avaient en commun un son numérique multicanaux (4 canaux mono de qualité pour le D2-MAC) et la possibilité de diffuser des données. Mais il faut noter qu’à l’origine, et jusqu’en 1985, le nouveau format d’image 16/9 n’est pas envisagé alors qu’il constituera ultérieurement l’argument que ses promoteurs présenteront comme définitif en faveur du D2-MAC.

Le D2-MAC sera porté sur les fonds baptismaux par l’UER en 1985 lorsque celle-ci en recommandera l’utilisation. Au plan politique et réglementaire européen, faute de volonté commune, les choses traînent cependant en longueur d’autant plus que la norme est historiquement liée au projet de satellites de télévision directe. Annoncé en 1979, ce projet Franco-Allemand prévu pour 1984 aboutira finalement au lancement des satellites TV-SAT1 en 1987 et TDF1 en 1988. A la suite d’une accumulation de pannes catastrophiques, le projet fut arrêté deux ans plus tard.

Automne 1985. Le D2-MAC vient à peine d’être estampillé par l’UER que la NHK avec le très puissant soutien de CBS et des américains tente de faire adopter le MUSE comme norme de télévision haute définition lors de l’assemblée du CCIR (Comité Consultatif International de Radiodiffusion) en mai 86 à Dubrovnik. Dans l’urgence naîtra le projet européen de HD-MAC.

Le HD-MAC comportait 1250 lignes (1152 actives) et 50 trames/s pour des raisons de compatibilité avec le 625. Techniquement, il systématisait le recours à des techniques de compression analogiques.

Mais avec le recul, les nombreuses démonstrations et les annonces de projets de diffusion apparaissent comme un leurre. Au total, quelques centaines seulement de décodeurs HD auront existé.

Conséquence de Dubrovnik, aux États-Unis la FCC (Federal Communications Commission), bousculant ce qui restait d’un ralliement des Américains à la norme japonaise, décide en 1987 de lancer un programme d’ATV (Advanced TV). Dans ce cadre, les projets des industriels européens semblent prometteurs. Le 21 avril 1989, l’UER publie une déclaration en faveur du HD-MAC...

acte 3 : Le numérique

Le 8 juin 1990, coup de tonnerre : General Instrument propose à la FCC son système DigiCipher de TVHD entièrement numérique. Tout ira très vite et débouchera quatre ans plus tard sur le lancement du premier bouquet de télévision numérique par satellite, Direct TV.

La FCC décide très rapidement de croire en l’avenir du numérique et programme son action pour une télévision numérique haute définition sur 15 ans : test techniques en 92. Choix d’un système en juin 93. Construction des réseaux à l’horizon 95. Diffusions en simulcast en 97, arrêt de l’analogique en 2008.... 4 propositions numériques émergeront qui fusionneront en mai 1993 pour former la "Grand Alliance". Le choix en faveur du saut technologique est net, à la différence du pilotage à vue des institutions françaises. En Europe et singulièrement en France, devenue principal défenseur des solutions MAC, on ergota d’abord quelques temps. Mais il fallut se rendre à l’évidence et reconnaître que les solutions numériques avaient été gravement sous-estimées. Dès lors, la réaction européenne fut, cette fois-ci, rapide et efficace. Le HD-MAC est officiellement abandonné en 1993.

Fin 1991, un groupe de travail (European Launching Group) fut créé qui devint le DVB. Les premières normes DVB apparaîtront dès le début 1993. Dans ce domaine, MPEG-2 s’est rapidement imposée comme une référence obligée. Tirant les leçons du succès de Direct TV proposant plus de 150 canaux aux téléspectateurs américains, le DVB se préoccupa d’abord de multiplier, grâce au numérique, les programmes sur les réseaux existants, câble, satellite et, désormais, hertzien. Dès le début de l’année 1996, Canal Plus faisait de cette approche de la télévision numérique une réalité.

Les Américains continuèrent quant à eux à mettre l’accent sur la haute définition. Fait notable, les travaux sur la HD se poursuivirent cependant en commun, associant Japonais et Européens. Un consensus se réalisa sur le Format d’Image Commun (CIF = 1920x1080 éléments actifs et pixels carrés) et le Débit Numérique Commun (CDR, Common Data Rate) permettant l’emploi d’une même fréquence d’échantillonnage (Y=74,25 MHz, D= 1,485 Gbits/s) simplifiant les problèmes d’interface numérique et la fabrication des enregistreurs. Tout ceci a été concrétisé en 1995 avec la norme SMPTE 274M.

En septembre 1995, l’ATSC adopta sa norme A/53 relative à la télévision numérique et fondée sur les résultats de la ’Grand Alliance’ en intégrant notamment l’approche MPEG-2. La FCC adopta les principaux éléments de cette norme complexe (également publiés sous le sceau de la SMPTE) le 24 décembre 1996 et s’appuya sur eux lorsqu’elle énonça en 1997 les règles de passage au numérique selon un calendrier actualisé. Mise à jour en avril 2001, cette norme couvre à la fois la SDTV et la HDTV laissant aux stations commerciales libre choix parmi une famille de solutions.

[1] Une version de ce texte a été publiée dans le n°454 du mensuel SONOVISION (septembre 2001)

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