La TNT a été lancée à la fin du mois de mars avec la norme technique MPEG-2. Selon Jean-Pierre Raffarin : « Il s’agit là d’un progrès social, d’un progrès technologique mais aussi d’un progrès culturel. C’est le libre-choix, la capacité du pluralisme qui se trouve ainsi renforcée ». L’offre payante sera lancée à la fin 2005 avec la norme MPEG-4 de façon que « La diffusion hertzienne prenne également en compte une stratégie d’introduction de la télévision en haute définition ».
En coulisse, une vraie guerre des normes de compression a fait rage. TF1 et M6 craignant de voir de nouveaux venus manger une part du gâteau publicitaire, se sont acharnés à enterrer la TNT. En novembre 2001, Patrick Le Lay attaquait : « La TNT est un projet marxiste car les chaînes du numérique terrestre ne sont pas choisies par le public, mais par les fonctionnaires du CSA. » En juin 2002, il qualifiait la TNT de « mauvais projet » et le choix des chaînes par le CSA de « recul des libertés ». A l’arrivée du gouvernement Raffarin il proposait -en vain- un décret d’abrogation de la TNT. Un an plus tard, il sort de son chapeau la télé par ADSL qui, dit-il, remise la TNT « au magasin des accessoires ». Alors que NRJ Group, qui lance une télé gratuite sur la TNT, défend becs et ongles le choix de la norme MPEG2, Le Lay affirme, en avril 2004, que « Le Mpeg 2 sera obsolète dans six mois » et « les téléspectateurs français ont droit à la haute définition ».
En 2005, changement de partition, Le Lay effectue une volte-face acrobatique. Face à la décision gouvernementale devenue irréversible, il se déclare favorable à MPEG2 et va jusqu’à critiquer l’idée de la télévision haute définition hertzienne. Ne pouvant pas se payer le luxe de bouder, il prône le Mpeg 2 pour toutes les chaînes, gratuites comme payantes, et le plus vite possible. En octobre 2004, le Conseil d’Etat - suite à une plainte de la Une - a annulé, pour une question de procédure, les autorisations données par le CSA aux chaînes de Canal + et Lagardère. Un nouvel appel d’offres, qui n’aboutira qu’au printemps. TF1, veut que TPS Star, accède enfin, comme sa rivale Canal +, à la diffusion hertzienne. M6 veut proposer Paris Première et Téva. TF1 et M6 veulent retrouver sur la TNT leur hégémonie publicitaire et n’en laisser que des miettes aux nouveaux entrants (Lagardère, NRJ, AB et Bolloré) et aux chaînes publiques.
Les relations entre diffusion hertzienne et pouvoir
Le rapport Boudet, sur lequel se fonde la décision du gouvernement cite la longue liste des particularismes français dans le domaine de la télévision :
« En 1966, la France adopte le SECAM, contre tous les autres pays membres du Comité Consultatif International des Radiocommunications (CCIR) réunis à Oslo puis à Vienne.
En 1982, refait surface le rêve oublié de la haute définition (HD) à la française. Il s’appelle désormais D2-MAC (pour Duobinary Digital Multiplex Analog Components) Les premiers récepteurs intégrant cette nouvelle norme sont commercialisés en 1988, au prix d’environ 6000 €. Personne ne voit de différence avec l’image SECAM. Reste cependant le format 16/9e. En 1989, le D2-MAC devient HD-MAC. Quelques parlementaires, notamment les députés Michel Pelchat et Michel Péricard, et le sénateur Jean Cluzel, demandent qu’on arrête le massacre et suggèrent qu’on tourne plutôt le regard vers les progrès réalisés, aux Etats-Unis et au Japon, dans le domaine de la compression numérique. En 1993, ils sont enfin entendus : le HD-MAC est abandonné. »
Les interventions contre le D2Mac méritent un développement (on sait qui est Péricard, par exemple). Les dates données par le rapport sont entachées d’erreurs, certains acteurs sont omis (R. Forni), la position particulière d’A. Rousselet (Canal+) n’est pas signalée. L’aspect politique des interventions contre le D2Mac n’est même pas évoqué dans le rapport.
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