Celle-ci a été soulignée dès le rapport de décembre 2000 sur l’étude de faisabilité de la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord, rédigé par Pierre Moeglin et auquel les lignes suivantes sont empruntées.
L’objectif général de la plate-forme, tel qu’il est présenté dans le rapport rédigé en 2002 par son chef de projet, Jacques Rubenach, est le suivant :
Mettre en réseau et en synergie des équipements, moyens pédagogiques et ressources scientifiques disponibles en Île-de-France, dans le domaine des arts numériques et leurs applications aux industries culturelles, à destination des entreprises concernées. À ce titre, la plate-forme AST est donc appelée à travailler en étroite relation avec les S.A.I.C (service des activités industrielles et commerciales) des deux universités concernées ainsi qu’avec leurs services de formation continue.
Cet objectif est lui-même motivé par un quintuple contexte : technologique, économique, politique, pédagogique et scientifique.
Contexte technologique
La plate-forme "Arts, sciences, technologies" doit sa raison d’être à la convergence entre les industries de l’audiovisuel, de l’informatique et des télécommunications. Cette convergence se traduit notamment par la numérisation du signal et la possibilité d’acheminer ou de conserver sur le même vecteur (câble) ou sur le même support (mémoire) des informations en provenance de sources différentes.
De nombreuses applications sont issues de cette innovation : images de synthèse, multimédia, procédés de transport de l’information numérique (type ADSL, UMTS, etc.), Internet Next Generation, etc. Ces applications modifient ou vont modifier à court et moyen terme les manières de produire et de travailler ainsi que l’organisation des filières dans le domaine des arts numériques. Ces modifications concernent spécialement leurs applications aux industries culturelles.
La convergence technologique ouvre donc aux concepteurs et producteurs de biens culturels et artistiques des domaines d’application et des possibilités inédites. Toutefois, deux faits limitent cette ouverture.
Si, dans leur majorité, les applications et produits issus de la convergence en sont encore à leurs débuts, c’est parce que les dispositifs et normes ne sont pas stabilisés ; ils réclament des ajustements et extensions pour des usages non prévus initialement. Les structures de recherche et développement des entreprises ayant conçu ces applications ne prennent pas en compte ces besoins. De fait, ils correspondent à des créneaux trop segmentés pour elles.
Parallèlement, ces applications et produits exigent de nouvelles compétences de la part des personnels chargés de leur exploitation et de leur maintenance. Par exemple, dans le domaine du son, les opérateurs et ingénieurs actuellement en activité développent via les outils dont ils disposent des pratiques héritées de la formation qu’ils ont reçue dans les écoles du cinéma et de la télévision.
La conséquence en est que les dimensions favorisées par les techniques informatisées de spatialisation acoustique (pour la conception d’espaces sonores aussi bien que pour la prise de son) sont actuellement ignorées ou mal maîtrisées. Corrélativement, les possibilités esthétiques liées à la production multimédia s’en trouvent sous-exploitées. Quant aux applications et produits eux-mêmes, ils ne bénéficient pas du volume d’utilisations qui inciterait leurs concepteurs à les faire évoluer et à s’adapter aux besoins émergents.
À son échelle, la plate-forme "Arts, sciences, technologies" vise donc à contribuer à la diffusion d’outils et de procédés stabilisés et à favoriser l’acquisition des compétences professionnelles requises par leur mise en œuvre.
Contexte économique
La Région Île-de-France concentre près de 80% des industries du cinéma, de l’audiovisuel, du multimédia et des arts numériques. Elle a d’ailleurs engagé une politique active de soutien à ces industries. Un effort particulier est en cours, notamment, en vue de re-localiser en région parisienne les tournages et, pour partie, des activités de post-production de plus en plus souvent sous-traitées à l’étranger (pays d’Europe centrale, Grande-Bretagne, Afrique du nord).
Au sein de la Région Île-de-France, le Nord-est francilien héberge un nombre important d’entreprises concernées par les arts numériques. Conscients de la nécessité de favoriser et de développer ce potentiel, industriels concernés et collectivités locales ont créé les structures fédératives qui ont été évoquées plus haut. La plus importante d’entre elles est, à cet égard, le "Pôle audiovisuel, cinématographique et multimédia du nord parisien", qui intéresse plus de 200 entreprises.
En outre, apparaissent clairement des demandes de la part des entreprises contactées tant en R&D qu’en formation de personnels, qu’ils soient en activité ou à recruter.
Contexte politique
Celui-ci coïncide avec la relance de la concertation entre élus locaux et partenaires institutionnels sur les priorités du développement industriel. Le choix du multimédia et du numérique retenus parmi les axes essentiels de ce développement s’est traduit notamment par la création du Pôle audiovisuel, cinéma, multimédia du nord parisien.
Toutes les initiatives qui sont liées directement ou indirectement à cette décision se sont évidemment développées et amplifiées depuis : rencontres interprofessionnelles, colloques et expositions... Mais un élément supplémentaire est constitué par la double implication déterminante du Conseil général de la Seine Saint-Denis d’une part (dont témoigne par exemple l’élaboration d’un Plan stratégique de développement de la filière "Image" dans le département qui a abouti à un Livre blanc, publié en juillet 2003), de l’agglomération Plaine Commune, d’autre part.
Cette implication met en évidence l’importance que revêt, aux yeux des élus et des collectivités territoriales, la présence d’une plate-forme correspondant à l’un des axes principaux du redéploiement industriel et économique territorial. Cet exemple montre aussi quels soutiens la Plate-forme trouve, notamment au niveau départemental tout comme dans son environnement géographique immédiat.
Un tel soutien est évidemment la condition sine qua non de l’implication efficace de la Plate-forme sur le double versant qui définit ses compétences celui des organismes de formation et celui des entreprises du secteur.
Contexte pédagogique
Après avoir traversé une grave crise de fonctionnement et d’identité, les établissements d’enseignement secondaire du Nord-est francilien bénéficient, depuis la seconde moitié des années 1990, de l’important effort réalisé par l’Etat dans le cadre du plan d’action en faveur de l’académie de Créteil.
A l’initiative de J. F. Méla, à l’époque chargé d’une mission par le Ministère de l’Éducation nationale, un certain nombre de thèmes avaient été dégagés, parmi lesquels, à côté de "Mécanique", celui qui concerne "Arts numériques et industries culturelles". Cette redynamisation s’est traduite notamment par la création, au Lycée Suger de Saint-Denis, d’un BTS "audiovisuel".
Dans le Nord-est francilien comme dans le reste de l’Académie de Créteil et a fortiori dans les trois académies d’Île-de-France, l’offre pédagogique touchant au cinéma, à l’audiovisuel et aux applications de l’ordinateur aux images est cependant éclatée entre de multiples sites et établissements n’entretenant que fort peu d’interrelations. Ce cloisonnement hypothèque leur capacité d’évolution (en particulier en termes d’équipement) et il compromet leur adaptation aux nouveaux contextes industriels. Surtout, ce cloisonnement nuit aux transferts technologiques susceptibles d’intéresser les PME-PMI.
Pourtant, la demande de formation dans ces secteurs est importante. Elle émane naturellement des entreprises. Mais, de la part des adolescents notamment, cette demande n’est pas moins vive. Elle témoigne de leur intérêt pour des formes de création auxquelles leur culture (musique techno, jeux vidéo) les prépare très directement. Or, les demandeurs de formation ne trouvent pas toujours aujourd’hui une formation de qualité. Il est au contraire de notoriété publique qu’un certain nombre de formations ne relevant pas du secteur public n’offrent pas les garanties pédagogiques et scientifiques nécessaires.
A la faveur des liens entreprise/formation qu’elle permet de tisser, la plate-forme AST contribue donc à clarifier l’offre pédagogique en mettant en avant les formations performantes et adaptées aux besoins du tissu industriel.
Délivrant toute la gamme des diplômes existants, du BTS au Diplôme de Recherche Technologique, en passant par les DUT, les licences "pro", les diplômes d’école, d’université, d’ingénieur maître, d’ingénieur et les Master professionnels, les établissements d’enseignement secondaire et supérieur disposent souvent de matériels qui font défaut aux PME-PMI et qui, dans nombre de cas, sont souvent inutilisés, en particulier pendant les vacances. Selon des modalités spécifiquement négociées, en particulier concernant les intervenants, la plate-forme peut en organiser l’accès. Ces établissements possèdent aussi, grâce à leurs équipes de recherche technologique, des ressources scientifiques propres à faire évoluer les applications et produits existants et à en créer de nouveaux.
L’ambition de la plate-forme AST est donc de favoriser les synergies à l’intérieur de l’offre de formation, notamment entre enseignement secondaire et enseignement supérieur, ainsi que les prestations techniques et scientifiques à destination des entreprises intéressées, en faisant appel aux ressources scientifiques les plus avancées du secteur.
Contexte scientifique
La synergie entre MSH Paris Nord et Plate-forme n’est pas moins évidente. Dans le projet présenté en décembre 2000 et mis en œuvre à partir de 2002, la Plate-forme s’adosse en effet au potentiel de recherche scientifique et technologique des équipes universitaires du secteur, regroupées à la MSH Paris Nord, en particulier celles appartenant à Paris 8 et Paris 13.
La MSH Paris Nord associe en effet des équipes possédant des matériels et des ressources scientifiques complémentaires, depuis les aspects informatiques ou télécommunications relevant des sciences dures représentés par les laboratoires d’Informatique et du Traitement et du Transport de l’Image (Paris 13) jusqu’aux aspects économiques ou socio-économiques, en passant par la recherche en esthétique.
A ce titre, la présence des équipes appartenant à la MSH Paris Nord dans le réseau de la plate-forme AST constitue un atout considérable.
Ainsi par exemple, la présence de l’équipe du Centre de Création en Informatique Musicale, de l’université Paris 8, est-elle le gage d’approches nouvelles sur la relation hommes/machines, notamment dans le domaine de la spatialisation sonore. De même, les recherches de LabSic (université Paris 13) sur les évolutions des marchés de l’édition électronique ou sur les nouvelles pratiques éducatives liées aux réseaux d’enseignement à distance fournissent d’utiles éclairages aux responsables industriels désireux d’investir ces secteurs prometteurs mais difficiles à appréhender... Plus intellectuelle que technologique cette prestation relève typiquement des compétences de la future plate-forme.
D’autres exemples méritent encore d’être cités : Industries de la langue (avec le Laboratoire de Linguistique informatique, Paris 13, équipe CNRS), environnements virtuels et création (avec le Linc de Paris 8 et le laboratoire d’informatique de Paris 13), écritures interactives (avec le groupe "Paragraphe" et le DESS "Hypermedia" de Paris 8 ainsi que l’équipe responsable du Prix Mœbius de la création multimédia internationale). A chaque fois, des échanges équilibrés entre industrie et formation doivent pouvoir s’effectuer via la recherche.
Cette liste n’est pas exhaustive. Elle pourrait être allongée avec les volets musique, danse, scénographie, spectacle, jeux et jouets. À chaque fois ressort l’un des avantages de la Plate-forme : sa capacité à systématiser et inscrire dans la durée des collaborations industrie-formation-recherche jusqu’alors lacunaires et menées au coup par coup. Cette systématisation apparaît d’autant plus souhaitable que, dans leur très grande majorité, les entreprises du secteur sont trop petites et trop éclatées pour formaliser leurs besoins, tant en formation qu’en ressources technologiques et expertise scientifique. De leur côté, les responsables de formations et centres de recherche trouvent difficilement des interlocuteurs industriels dispersés et partagés entre des filières et des domaines d’application hétérogènes.
Depuis qu’elle a reçu un avis favorable, en 2002, la Plate-forme est une structure originale. Aucune unité de ce type, couplant recherche, développement et formation, n’existe pour le moment en France. C’est dire l’importance de l’enjeu. En revanche, des références sinon des modèles à l’étranger guident son développement. Il s’agit, en particulier, du ZKM à Karlsruhe, en Allemagne, et d’Ars Electronica à Linz, en Autriche. |